Bayrou monte, monte, monte comme un thermomètre du malaise qui mine notre pays. Il monte, monte comme une réprobation vive des « sans culottes » aux candidats de l’establishment. Il monte comme un ballon gonflé à l’hélium des sondages qui finit par un bruyant pschitt. D’autant plus bruyant qu’au final, il devra reconnaître pour qui il roule.
François Bayrou pointe quelques failles du système politique français mais n’est certainement pas une solution. Quelle que soit la pertinence de ses dénonciations qui surfent sur une constante de l’électorat depuis quelques décennies, il n’a ni projet alternatif, ni majorité en devenir. Et il le sait.
Avec 27 députés sur 577, il faudra un tsunami politique d’une rare violence pour que le lendemain de l’élection présidentielle, les 359 députés UMP et les 149 PS se transforment par magie en au moins 289 députés du nouveau parti présidentiel. 289 élus qui auront dû convaincre en quelques semaines dans leurs circonscriptions que leur nouveau parti (fédération, rassemblement ou alliance) va gouverner la France. Il faudra trouver les 577 candidats à présenter dans chacune des circonscriptions et ayant suffisamment de visibilité et d’expérience politique pour y être élus devant des notables locaux rompus aux subtilités et pratiques régionales. Il faudra surtout bâtir l’impossible assemblage en quinze jours pour leur laisser le temps de faire campagne. Qui peut le croire ? En réalité, si l’hypothèse d’un Bayrou élu président de la République se vérifiait, ce sera le retour à la 4ème République, à son instabilité gouvernementales, à ses alliances d’un jour qui durent le temps de renverser un gouvernement pour un autre dont l’espérance de vie sera à chaque fois incertaine. Toujours dans cette hypothèse, la configuration la plus probable est celle d’une majorité PS ou UMP mettant en œuvre son programme de gouvernement sous l’œil courroucé de l’Elysée auquel il ne restera que le refus de signer les ordonnances pour faire valoir sa capacité d'empêcher. Un président élu en mai pour être aussitôt désavoué en juin.
Mais la principale raison qui empêche un républicain de croire dans la posture du candidat au tracteur est son passif politique. C’est l’homme qui veut supprimer la loi Falloux en 1994 pour autoriser le financement des établissements scolaires confessionnels par les collectivités locales. C’est aussi l’homme qui souhaite « de petites adaptations ou mises à jour » de la loi de 1905. Officiellement pour s’attirer « le vote musulman ». Officieusement - pourquoi faudrait-il l’exclure dans un pays où l’égalité des droits est un dogme - pour enfin remporter son combat de toujours de permettre des subventions publiques locales aux établissements confessionnels.
Bayrou monte, monte, monte comme un thermomètre du malaise qui mine notre pays. Il monte, monte comme une réprobation vive des « sans culottes » aux candidats de l’establishment. Mais plus il monte, plus la volatilité de ses sondés est forte. Comme si ses sympathisants attendaient qu’un candidat plus crédible les entende enfin. Il monte comme un ballon gonflé à l’hélium des sondages qui finit par un bruyant pschitt. D’autant plus bruyant qu’au final, il devra reconnaître pour qui il roule. Sarko ou Ségo au second tour ? Et il ne pourra plus tromper personne.