Sarkozy : Le grand écart pour une République de la peur
Par L'intranquille le jeudi 12 avril 2007, 17:53 - Lien permanent
Depuis le début de la campagne, il s'est approprié Blum et Jaurès qu'il détestait sur les bancs de l'université. Il a découvert le monde ouvrier et visite les usines à tire-larigot. Il affirme vouloir renouer avec la « valeur travail » bafouée dans un pays où sévit le chômage de masse. Il affirme même vouloir gouverner avec quelques ministres de gauche. Sarkozy ratisse à gauche. Puis c'est au tour du centre auquel il donne des gages quotidiens, histoire de couper un peu d'herbes sous les pieds de Bayrou. Il convertit Simone Veil (qui boude et marmonne contre lui le lendemain), s'impose à Borloo (qui traînait des pieds), envoie Raffarin qui clame haut et fort « Sarkozy est de centre droit »... Sarkozy ratisse aussi plus loin. Lorsque Le Pen retourne à ses vieilles antiennes sur l’immigration. Une petite partie de l'extrême-droite que Sarkozy pensait acquise risque de retourner au bercail. C'est sous-estimer notre danseur qui annonce vouloir créer un ministère de l'immigration et de l'identité nationale !!! Et la boucle est bouclée.
La danseuse des ballets du Ministère de l'Intérieur peut être désormais fière de son grand écart. Son programme, distillé au compte-gouttes de déclarations à l'emporte-pièce ratisse large. C'est le paysage politique français à lui tout seul, une vraie voiture balaie des poncifs de chaque camp. Mais sur l'essentiel, il ne faut pas se laisser distraire. Sarkozy, son bilan et son projet, est un néo-conservateur qui doit se camoufler pour prendre le pouvoir en France. Les intérêts qu'il défend sont ceux de ses amis, ceux qui lui ont tout appris, auxquels il a tout promis, ceux qui le soutiennent financièrement même au-delà de l'esprit de la loi, ceux qui espèrent qu'il gagnera comme si leur vie en dépendait, partout dans le monde. Et parmi ceux-là, regardez, écoutez, qui revendique un héritage de la gauche française ?? C'est notre belle et vieille droite qui alterne au gouvernement. Cette droite bien respectable, bien républicaine, bien hétéroclite avec son programme libéral, pro-américano-républicaine, quelquefois néocons. Rien de dramatique mais loin du peuple. Mais cette fois-ci, elle est tout simplement contre notre héritage commun.
La République de la peur
Comment qualifier autrement ce que nous prépare le projet de Nicolas Sarkozy dont on voit déjà la mise en place durant cette campagne. Menaces à peine voilées (France 3), Injures et Insultes (Ségolène Royal et bien d'autres), Pressions insurmontables (Azouz Begag), soupçons de compromissions (Chirac, Tapie) le candidat de l'UMP ne se prive d'aucun moyen pour assurer son élection. il n'y a qu'à voir la multiplication des sondages commandés pour la plupart par les patrons des grands médias et qui installe l'idée que le prochain président proclamé et incontournable c'est lui. Il n'y a qu'à lire 90% de la presse qui s'interdit de relever les incohérences de son projet et les contradictions de ses promesses quotidiennes. Personne pour montrer la portée de ses déclarations sur la pédophilie qui serait désormais génétique et le projet de société qui en découle. Personne encore pour oser poser une question autre que celle qu'il veut entendre.
C'est la République de la peur qu'il nous promet, celle où le chef décide de la vérité scientifique et journalistique. Celle où il est seul détenteur de la souveraineté mais sans le peuple. Il est le chef, le protecteur, celui qui annonce, prépare, décide, mets en oeuvre, privilégie tel ou tel. C'est d'une élection à l'usure qu'il rêve. Peu importe les déclarations, peu importe le projet, seule compte la capacité à occuper tous les espaces, à impliquer tous ses réseaux souvent d'ailleurs au mépris de la loi et à installer dans la tête de ses adversaires qu'il ne peuvent rien contre lui. En s'activant pour démobiliser le camp d'en face, il compte sur le trouble créé par son remue-ménage pour passer tel un subterfuge, en prestidigitateur chevronnée. Et à 10 jours du premier tour, nul doute que les Français ne cèderont pas.