Tout sauf Bayrou
Par L'intranquille le jeudi 19 avril 2007, 17:19 - Lien permanent
Une tribune de David MARTIN-CASTELNAU (ancien Délégué Général du Pôle Républicain), Cyrille MINSO (Président de Génération République) et Hakim SALEMKOUR (ancien responsable administratif et financier de Chevènement 2002)
Casser le système, sans les extrêmes : ce que propose François Bayrou, nous en avons fait la tentative. C’était en 2002 et notre candidat était Jean-Pierre Chevènement. Devant les caméras, parmi les militants, dans les coulisses de la campagne, chacun à notre place, nous avons connu l’envolée, l’état de grâce et pour finir l’échec de cette aventure inédite : dépasser le clivage gauche droite. C’est pourquoi nous voulons, aujourd’hui, mettre en garde contre le vote Bayrou.
« Chevènement 2002 » : un leader de gauche proposait alors un large rassemblement à tous ceux – gaullistes, syndicalistes, francs-maçons… – qui voulaient refonder la République. Le programme était clair, les limites connues (Villiers fut rejeté), et nous n’avions, au QG de campagne, aucun doute sur la suite des opérations en cas de victoire : nous gouvernerions avec le Parti Socialiste. Pourtant, par peur de rebuter ses soutiens « de droite », Chevènement refusa de clarifier ses intentions. Inquiets, de très nombreux électeurs de gauche s’éloignèrent, et la campagne commença son déclin qui, de qualifiables pour le second tour, nous amena aux voisinages d’Arlette Laguiller. Des valeurs fortes et désirées, mais pas de forces d’appui électorales claires : pour réaliser l’exploit du dépassement des clivages, Chevènement avait la tête, pas les épaules.
François Bayrou, à notre sens, manque des deux ; il n’a ni la stature ni les appuis nécessaires à ce qu’il prétend entreprendre. La stature : contrairement à son prédécesseur, il n’a jamais réellement été un « homme qui dit non ». Ministre de Mitterrand puis de Chirac, après avoir été tenté par Balladur, il a vécu allié et soumis au RPR ; sa prise de distance avec l’UMP, on le sait, ne s’explique que par le désir de s’affranchir de l’ascendant de son rival intime, Nicolas Sarkozy. Faut-il encore rappeler ses louvoiements comme ministre de l’Education ? Les réprimandes du Conseil Constitutionnel après examen de ses comptes de campagne (décision du 26 septembre 2002) au sujet de son goût « manifestement excessif » des beaux costumes de fonction, ou encore de son fort étonnant statut d’exploitant agricole lui ayant permis d’échapper en 2006 à l’ISF ? Non, décidément, ni par le caractère ni par son comportement, François Bayrou n’est le successeur d’un de Gaule ou d’un Mendès. Quant au programme… Le candidat de l’UDF penche-t-il en matière économique à gauche ou à droite ? Que nous réserve-t-il in fine au sujet de la construction de l’Europe, de la Sécurité sociale, de l’immigration, de la politique fiscale ?
En définitive, François Bayrou, qui ne pourra gouverner avec personne (sa rupture est consommés avec la droite, nul soutien à gauche hors trois personnalités sur la touche), n’offre pour perspective qu’un pauvre slogan : incarner la refondation. En clair : la rupture sans le chaos. En Bayrou : « l’électrochoc tranquille » (sic). C’est maigre. C’est surtout oublier qu’il existe déjà deux candidats proposant, eux aussi, de bousculer ce pays entravé et déprimé, et ayant pour ce faire non seulement un caractère bien trempé, ce que ne manquent jamais de souligner les médias, mais aussi à des formations politiques cohérentes capables, demain, de bâtir une majorité gouvernementale, voir d’emporter la majorité absolue à l’Assemblée Nationale.
Et puisqu’il faut tirer jusqu’au bout les leçons de notre échec en 2002, admettons-le une fois pour toute : le bipartisme est le propre des démocraties adultes. Plus que jamais, la France a besoin entre la gauche et la droite d’une confrontation franche – afin que l’une comme l’autre aillent au bout de leurs mues et que les Français tranchent. Parce qu’ils ont fait la preuve de leur détermination à initier des changements majeurs, parce qu’ils ont réintroduits la fierté républicaine dans leurs vieilles maisons, nous appelons donc tous les électeurs de sensibilité républicaine à conduire Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy au second tour. Et à mettre fin, accessoirement, à l’illusion Bayrou.
David MARTIN-CASTELNAU (ancien Délégué Général du Pôle Républicain), Cyrille MINSO (Président de Génération République), Hakim SALEMKOUR (ancien responsable administratif et financier de Chevènement 2002)