Nicolas Sarkozy a gagné. La victoire est large. Sans appel. La légitimité du nouveau président ne peut être contestée. Il lui appartient désormais de conduire le destin de notre pays durant les 5 prochaines années.

La candidate socialiste, elle, a mené une bataille sur deux fronts qu’elle pouvait difficilement remporté. Elle a dû gérer les défections et les attaques dans son propre camp en même temps qu’elle faisait face aux railleries et aux offensives de la droite. Elle a usé de toute sa pugnacité, de son indépendance et de sa force de conviction pour ne serait-ce qu’être légitime, puis crédible, ce qui aurait été évident pour n’importe quel autre candidat homme. Elle a au final réussi le plus difficile : ouvrir le chemin qui permettra demain à tout candidat atypique d’éviter les mêmes embûches.

Une bataille (dé)rangée

Telle est l’image du PS durant les présidentielles. Les fines bouches se sont d’abord faites attendre : beaucoup ont été aux abonnés absents jusqu’en février 2007 avant de donner des leçons ce vendredi 6 mai dans les médias. Les traîtres n’ont pas manqué non plus dont le plus remarquable aura été Eric Besson : nul ne peut croire que sa défection n’était pas préparée pour servir son ami Sarkozy - plusieurs signes avant coureurs le laissaient supposer. Les inconséquents ont pullulé tels Rocard et Kouchner qui appelaient à une semaine du premier tour à un accord avec Bayrou. Dans la société civile, Tapie et Séguéla ont été sensibles à leurs intérêts bien compris en rejoignant le candidat de l’UMP. Chez la quasi-totalité des intervenants du PS, l’improvisation était parfaite pour critiquer les prises de position nouvelles de la candidate. Chacun voulant appartenir au petit cercle et demandant à être informé de tout. A droite, on se passait d’un tel confort et tous les propos du candidat UMP était soutenus, appuyés, défendus avec toute la mauvaise foi nécessaire s’il le fallait. Au PS, on demandait d’abord une fiche de lecture (!) Que dire de la gauche de la gauche qui n’a cessé de se plaindre, de railler à mots même pas couverts la main tendue entre les deux tours à François Bayrou. Elle était sans doute incapable de forcer l’arithmétique pour constater que toutes les voix de la gauche au premier tour ne dépassaient pas 36%. Aucune armée ne peut gagner une bataille dans une telle cacophonie.

Une légitimité contestée

A aucun moment, les déçus des primaires du PS n’ont accepté qu’un challenger aussi inattendu vienne perturber leur plan de carrière. Il faut reconnaître à Laurent Fabius d’avoir très vite mobilisé ses troupes pour servir la candidate du parti. Mais dans l’ensemble, celle-ci continuait d’être contestée dans tous ses choix, sa stratégie, ses prises de position nouvelles. Un procès en illégitimité sous couvert de manque de crédibilité. D’un côté chaque approximation était pointée du doigt et disséquée, de l’autre rien. D’un côté on parlait de ses jupes, de ses tailleurs, de son apparence en général et de l’autre rien, comme s’il n’y avait d’ailleurs rien à relever. Que dire de son charisme, de sa personnalité, remis sans cesse en cause. Les pires adjectifs ont été prononcés… et tous leurs synonymes répétés.

Une femme mitraillée

On peut être une femme et n’avoir aucune compétence pour accéder à la magistrature suprême. On peut être une femme et ne pas être élue parce que son programme n’était pas en adéquation avec les attentes du peuple ou sa personnalité en décalage avec celle qu’attendent les Français. Mais il me semble surtout qu’on peut-être une femme et ne pas être élue parce qu’on est une femme sous le prétexte des deux précédentes logiques. Et parmi les pires détracteurs de Madame Royal, très souvent de gauche, les arguments de raison camouflaient la seule raison qu’ils refusaient d’argumenter.

Le temps de l’incomplétude

Et pourtant, les défauts reprochés à la candidate socialiste sont ceux là même qui démontraient la rupture avec les anciennes pratiques et les anciennes promesses. Dans une société en crise et en rupture de repères, défiant le pouvoir depuis 25 ans, ayant rompu le lien de confiance avec les hommes politiques, en défiance avec toutes les institutions, il fallait non seulement reconquérir sa légitimité par le bas mais surtout faire remonter les solutions et les pistes d’en bas. C’est souvent sous cette forme que les entreprises efficaces gèrent ce type de crise. Le management autoritaire, qui prétend tout savoir et tout orienter a fait son temps depuis longtemps dans les grandes structures. On est passé d’une organisation pyramidale qui existe depuis à une organisation sociodynamique, en réseau, qui permet de mieux gérer le complexe, d’impliquer tous les acteurs et de faire mieux partager les orientations retenues.

Au niveau d’un pays, d’une Nation, d’un peuple souverain, forcément très complexe, la crise profonde ne peut se régler sans remettre en œuvre les outils de la négociation paritaire en marche. Et au-delà de l’élection elle-même, rendre compte au peuple par tous les moyens et le faire acteur de la vie politique. Notre démocratie en crise en avait besoin. Elle le demandait. En choisissant démocratiquement Nicolas Sarkozy, les Français ne disent pas non à cette aspiration. Ils font confiance à un homme dont la volonté, la baraka et le projet ont porté jusqu’aux cimes Une élection c’est aussi cela. Mais le combat d’idée continue avec en ligne de mire les législatives et la refondation plus que jamais à prendre à bras le corps du PS.