Zemmour ou le chantre qui glorifie le système qu'il dénonce
Par L'intranquille le vendredi 26 mars 2010, 12:20 - Médias - Lien permanent
Dans le cirque médiatique, il est celui sans qui le spectacle n’est pas complet. On lui livre des proies pétries de certitudes et il les dépèce avec le scalpel des références historiques, philosophiques et la méchanceté acceptable du donneur de leçon lui-même arquebouté dans les principes généraux.
Je ne suis pas de ceux qui apportent en ce moment un soutien indéfectible à M. Zemmour. S’il est vrai que ce dernier a fait carrière dans le parler-vrai, le non-politiquement correct affirmant un discours républicain sans faille, il est indéniable désormais qu’il a atteint ses limites.
Avec lui, la rhétorique l’emporte désormais sur la dialectique, la posture le dispute au fond, la provocation et la contradiction à tout-va deviennent un fond de commerce d’autant plus rémunérateur qu’il se décline dans le tryptique livre-radio-tv. On n’est plus dans le journalisme ou la pédagogie mais bel et bien dans le show-biz.
Même si le dénommé Zemmour s’en défend, il a été pris malgré lui dans un système qui sait se fabriquer ses idoles et ses contre-idoles. Polémiste, il l’est avant tout dans la facilité de celui dont on sait d’emblée enfonceur de clous dans l’égo de nos stars. Dans le cirque médiatique, il est celui sans qui le spectacle n’est pas complet. On lui livre des proies pétries de certitudes et il les dépèce avec le scalpel des références historiques, philosophiques et la méchanceté acceptable du donneur de leçon lui-même arquebouté dans les principes généraux.
Zemmour vit avec plusieurs décennies de retard et c’est avec force qu’il veut calquer ses références sur un 21ème siècle débutant. Mais on cherche les nuances et le recul. Sans doute qu’en ville il prend plus de temps. Mais dans les médias, il vocifère avec un faux calme sa nostalgie du temps qui passe trop vite et qui enterre chaque jour plus profondément Voltaire et Rousseau. Zemmour c’est l’intelligence encyclopédique au service de la foi.
Dans le monde réel on les appelle les « yaka-faucon » (y’a qu’à –faut qu’on). Ce sont les observateurs d’un monde à la déroute qui se contentent de commentaires à la machette. Depuis l’écran géant de leur bibliothèque, ils lancent des « fatwas libérales » sur tous ceux qui pensent approximativement, écrivent sans talent et parlent sans éloquence, pire, incarnent par leur profession et leur exposition médiatique le porte-parolat du politiquement correct. Mais qui les met si bien en exergue en leur portant une contradiction attendue si ce n’est M. Zemmour lui-même ? Est-ce la l'agressivité du taureau qui met en valeur le torero ou l'inverse ?