Les symptômes ne sont pas la maladie
Par L'intranquille le mardi 11 mai 2010, 11:31 - Economie - Lien permanent
Autrement dit « puisque vous n’avez plus confiance dans ma capacité à rembourser mes dettes, et bien je vais m’endetter un peu plus pour vous donner confiance ». Et cela fonctionne : +9% lundi à la bouse de Paris.
Est-il conseillé de donner de l’héroïne à un cocaïnomane en manque ? C’est un peu ce que nous avons vécu ce week-end et notre addicte a eu l’air d’apprécier de monter en gamme.
Quel enseignement tirer de l’évolution des marchés ces dernières semaines ? Pour ce qui me concerne, dans mon travail, pour le maintien de mon salaire de privilégié, pour que les esprits de mes collègues restent apaisés et que personne ne meurent d’une crise cardiaque, oui, il est préférable que la bourse monte, monte, monte et que rien ne vienne contrarier sa course vers les sommets.
Mais dois-je pour autant être inconscient parce que je fais un travail d’inconscient ? A n’en pas douter, non. Car ce week-end, j’y ai perdu mon latin et surtout mon grec. En se réveillant lundi sur les bonnes nouvelles européenne de dimanche soir, un ami de Merrill Lynch à New York n'a pu s'empêcher de m’écrire que l'Europe venait de sauver le monde... Rien que ca ! Sous entendu d'une crise en chaine, dite systémique, dont les conséquences auraient été pires que celles de la faillite de Lehman Brothers en 2008.
Sauvé donc ! Mais de quoi et surtout par quoi.
Sauvé de devoir admettre que le système économique que nous bâtissons depuis 30 ans ne repose sur aucune base solide. Que la crise morale qui frappe nos sociétés libérales engendre de graves déséquilibres et des injustices sans comparaison dans notre histoire. Que ceux qui le dénoncent sont de gauche et de droite. Que le déficit budgétaire des Etats de l’OCDE est une fuite en avant qui masque le manque de volonté des gouvernants à rationnaliser les dépenses et à mieux distribuer les richesses…
Nous voici donc sauvés par le mal ! Que promettent les Européens réunis en conciliabule sous le regard inspiré d’Obama ? 750 milliards d'euros payés pour l'essentiel par des engagements issus eux-mêmes de la dette des Etats... Des "promesses de dons" afin de calmer la fièvre des marchés. Laquelle fièvre provient d’une incertitude sur la capacité des PIIGS (Portugal, Irlande, Italie, Grèce et Espagne), et plus largement de la zone Euro, à rembourser… sa dette souveraine !!!! Et voilà le chien qui se mord la queue !!!
Autrement dit « puisque vous n’avez plus confiance dans ma capacité à rembourser mes dettes, et bien je vais m’endetter un peu plus pour vous donner confiance ». Et cela fonctionne : +9% lundi à la bouse de Paris.
C'est finalement le propre de nos économies, et pires, des marchés financiers qui les phagocytent, que de faire éclater les bulles d'aujourd'hui en posant les fondations de celles de demain. Ainsi plus dure sera la chute… quand il n’y aura plus d’argent même virtuel.
Nos sociétés, ou nos gouvernements, ont abdiqué devant la réorganisation de l’économie mondiale autour de principes différents de ceux de l’hyperlibéralisme. Ils préfèrent les leurres d’une croissance sans fin à l’aune des marchés. Plutôt perdre des milliers de milliards pour faire perdurer ce mirage que refonder nos principes. Mais les symptômes ne sont pas la maladie. Ce n’est jamais que reculer pour continuer à trébucher.
Acte 2 : ces prochaines semaines.