En se déclarant candidate aux Primaires du PS, Ségolène Royal apporte une caution inespérée à ce qui commençait à ressembler à un « grand machin » démocratique mis en place pour adouber le choix des apparatchiks.

Le piège dans lequel Martine Aubry comptait enfermer l’ex-candidate aux présidentielles ne s’est pas refermé. En déclarant qu’il y a avait un pacte entre DSK, Ségolène et elle, elle pensait couper l’herbe sous le pied de Madame Royal afin qu’elle taise toute ambition jusqu’à la déclaration officielle du candidat officieux.

Cela nous rappelle le long sommeil qui fut celui du PS en 1993-1994 lorsque Jacques Delors, alors Président de la Commission Européenne et favori des sondages toutes configurations confondues, finit par annoncer en décembre 1994 qu’il ne se présenterait pas. Entre temps, pendant que le PS attendait sa décision, le débat se focalisait sur la droite : Balladur contre Chirac. Le PS restait cantonné à son attente et à des débats internes sur l’inventaire et le bilan du double septennat de François Mitterrand. Une fois Delors sorti du bois, il ne resta au PS que 5 mois à peine pour désigner un candidat et faire campagne… contre un premier ministre sortant et un chef de l’opposition déterminé.

Si Ségolène Royal ne s’était pas présentée hier, la campagne de 2011-2012 aurait pu ressembler à celle de 1994-1995 sur de nombreux points.

Qui est certain que DSK se présentera ? Les commentaires de circonstances de journalistes en mal de scoop ne sont que des épiphénomènes. Si le directeur du FMI obtient la confirmation que son mandat sera reconduit, pourquoi prendrait-il le risque de le quitter pour n’être que candidat à l’élection présidentielle en France ? Certes il s’agit de la France ! Mais tout de même.

S’il n’était pas élu, il pourrait toujours espérer prendre les rênes de l’Europe à un poste plus honorifique que politique. Dans tous les cas, un poste hypothétique et moins « achalandé » que celui qu’il occupe actuellement. S’il est élu - hypothèse que l’intéressé ne peut pas écarter mais que son pragmatisme naturel rend aussi probable que l’inverse - il devra, pour entrer dans l’histoire, remettre la France sur la voie de la croissance et de la confiance : en réduisant les déficits et en défendant de nombreux acquis sociaux pour tenir ses promesses de campagne. L’équation parait pour beaucoup insolvable.

Qui peut nier que le choix d’une telle candidature ne soit pas cornélien ? Dans tous les cas, cela peut prendre un long temps de réflexion pour que se réunissent plusieurs conditions ?

Dans l’attente, Martine Aubry devait capitaliser sur son nom le crédit accordée par les sondages à DSK. Comment ? En déclarant leurs candidatures interchangeables ? Elle en aurait tiré profit quelle que fut la décision du directeur du FMI. Ensuite, il lui fallait étouffer la seule autre candidature susceptible de nuire à cette stratégie, celle de Ségolène Royal : d’où le fumeux pacte entre les 3 grands. Un pacte dont la seule vocation éteint d’étreindre la dame du Poitou pour mieux l’éteindre. Pschitt ! Cette dernière ne s’en est pas laissé conter et a annoncé moins de 48 heures après sa propre candidature aux primaires. Annonce qui lui crée de facto un espace dans le débat public tout en la sortant des griffes molles du « pacte de non-agression ».

A ce petit jeu qui s’annonçait tout gagnant pour elle, Martine Aubry sort finalement grande perdante. Elle devra rester pendant des mois dans l’ombre de DSK à moins que ce dernier ne la libère en annonçant une non-candidature. Entre temps, Ségolène fera campagne, développera sa nouvelle stratégie. Démontrera qu’elle incarne une candidature de réquisitoire là où Montebourg et Valls proposent une candidature de témoignage, pour pour prendre date en quelque sorte. Face à eux, elle sait qu’elle est gagnante.

Il reste ensuite Hollande ! la carte la plus difficile à jouer, à contourner. Entre eux, ce sera une opposition de nerfs d’abord. Et à n’en pas douter, une opposition de programmes. Sur ce dernier point, l’ancien premier secrétaire du PS pourra donner le ton à défaut d'apprécier la valse !

Au moins, en attendant DSK, y aura-t-il un débat ! Et comme Ségolène entre dans le cercle, les promoteurs des primaires commenceront à regretter leur invention... Tiens, un air de déjà vu !